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Histoires d'Antan...
AVANT 1914…
LES COURSES DE CHEVAUX à CASTILLONNES
D’après les souvenirs recueillis d'un castillonnésien qui était né en 1898.
Les courses de Castillonnès avaient lieu le deuxième dimanche de Juillet et se déroulaient sur l’hippodrome de La Brandie, sur la route de Villeréal, à 2km500 de la ville. C’était dans la propriété de Monsieur DULONG, dans une grande prairie dont la conformation convenait à ce genre de sport. L’organisation dépendait des dirigeants de la Société. Je peux citer Monsieur JUMIN, longtemps maire-président, Monsieur BIAU, huissier-trésorier, messieurs Joseph et Martial GUERIN, Monsieur ROUSSELY et les employés recrutés ou bénévoles d’administration ou de contrôle dont mon père faisait partie. Le Pari Mutuel fonctionnait sur le terrain, installé dans des constructions démontables, comme également les autres services tels que la buvette. La plus grande partie du matériel étant entreposée au sous-sol de l’école des filles et l’acheminement et la mise en place des barrières, poteaux de piste, tribunes et locaux divers commençait dès le début de la semaine. L’après-midi du dimanche, un service de transport était assuré par des omnibus à chevaux et à impériale sur laquelle, ce qui était un peu risqué, étaient installés des bancs supplémentaires ; mais beaucoup de monde faisait à pied le chemin. Autant que je me souvienne, le prix des places sur l’hippodrome variait de trois à huit francs selon l’emplacement : pelouse, tribunes ou pesage. Le ticket de Pari Mutuel valait cinq francs. Cinq courses au moins donnaient lieu à compétition dont trois au minimum de trot monté ou attelé ou mixte avec report de distances. Deux courses de galop au maximum où étaient principalement représentés les chevaux des écuries Daniel GUESTIER de Bordeaux. Les écuries ROULLAUD de Marmande étaient principalement présentes dans les épreuves de trot avec sulkies que je trouvais très agréables. Monsieur Joseph GUERIN, de la localité, avait l’habitude de participer au moins à une course de trot monté. N’étant nullement turfiste pour apprécier les aptitudes en ce genre de sport, je veux simplement témoigner que ces journées avaient une grande importance parmi les réjouissances de l’année et les discussions des habitués allaient bon train à cette période ! Cette fête créait même une certaine rivalité avec les localités voisines telles que Monflanquin, Villeréal, Issigeac, Lauzun, Miramont et d’autres, plus éloignées. En ce qui me concerne, je peux dire que mon seul pari, en association avec l’un de mes camarades qui sera tué à la guerre quelques années plus tard, portait sur un cheval que nous avions joué « placé ». Il nous avait rapporté 2 francs 50 ce qui nous avait donné l’occasion de boire notre premier Pernot, en dépit du règlement sur les mineurs. C’était en 1913…
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AU DÉBUT DES ANNÉES CINQUANTE :
L E D É P I Q U A G E A SÉRIGNAC
«Ils sont chez le voisin» dit la mémé sur un ton grave. « Ils », c’était la batteuse. En effet, on entendait une sorte de bourdonnement lointain… Le dépiquage, les vendanges et l’abattage du cochon étaient encore des évènements extraordinaires dans les années cinquante.Aussitôt, toute la maisonnée se mit aux préparatifs, qui étaient d’ailleurs identiques d’une année à l’autre : le pépé confectionnait à la hâte un balai de bruyère et était préposé au balayage minutieux de la cour. Les cuisinières qui s’affairaient depuis la veille à la préparation du repas mirent les bouchées doubles ; les poulets étaient déjà plumés mais il restait une montagne de haricots à écosser : c’est qu’il fallait assurer un repas pour une trentaine de personnes, pour la plupart des voisins qui prêtaient leur concours à cette occasion. La veille de ce grand jour qui leur laisser présager tant de merveilles à découvrir, les enfants avaient eu quelque peine à s’endormir tant leur imagination était grande ; il faut préciser que le matériel motorisé était rare dans les fermes de l’époque ! Soudain, un roulement sourd se fit entendre. Toute la famille se précipita derrière la maison ; au détour du chemin, l’on vit arriver, derrière le tracteur, la machine à battre immense, et majestueuse. Quelques années auparavant, avant la guerre, c’étaient les vaches qui tractaient avec peine ce convoi et le moteur, monté sur deux roues, était tiré par un deuxième attelage. Une fois la machine immobilisée dans la cour, l’entrepreneur de battage l’installait avec soin. Elle devait être stabilisée à l’horizontale : on creusait un trou sous une roue, l’autre était soulevée au moyen d’un énorme cric et mise sur cales. La batteuse ainsi disposée après de nombreuses vérifications à l’aide du niveau, chacun prenait le poste qui lui était dévolu et l’on pouvait mettre le moteur en marche. Deux hommes, placés face à face, se mirent à tourner la manivelle du tracteur qui lança bientôt quelques pétarades puis se mit à tourner en faisant un étalage bruyant de sa force ; un ronflement, à peine perceptible au début, commença à s’élever de la batteuse, la grande courroie de transmission croisée fit entendre quelques claquements secs et le ronflement s’amplifia rapidement. Il atteignit bientôt son plus haut niveau et les rugissements sortant du ventre de la machine devenaient impressionnants ! Quelques hommes, piquant la fourche dans les gerbes, les hissaient au sommet de la batteuse. Des deux côtés de la machine, c’était un carrousel de poulies et de volants de toutes formes et de toutes dimensions, tournant dans tous les sens. A l’arrière, deux bielles jumelles, en saillie, animées d’un mouvement étonnant, ressemblaient à deux mains se livrant à des jeux ; les barres de suspension des tamis étaient prises d’une agitation frénétique. Deux serveurs étaient perchés sur un flan de la batteuse. L’un détachait les gerbes à leur arrivée et les répandait sur une table d’engrenage ; l’autre, la plupart du temps un professionnel qui suivait la batteuse tout au long de sa tournée, faisait glisser la paille en la calibrant vers les cylindres broyeurs. Il « nourrissait » continuellement la machine qui hoquetait lorsque la bouchée était trop grosse. C’était là un travail dangereux car il n’existait aucune protection et les dents du cylindre pouvaient fort bien happer une main. Les premiers grains de blé ne tardèrent pas à faire leur apparition et s’écoulèrent dans les sacs accrochés à la base de la machine. Bientôt commençait dans la cour le va-et-vient des porteurs de sacs choisis parmi les hommes les plus robustes. Ils devaient, pour monter au grenier, s’approcher de la cuisine et c’était l’occasion, en redescendant, de boire un verre et de lancer aux cuisinières quelques plaisanteries assez épaisses ; en retour, la réplique était toute prête, et souvent plus verte encore ! Le dépiquage battait son plein. L’avant de la machine vomissait à pleine gueule la paille battue, laquelle s’engouffrait dans un grand entonnoir qui l’avalait ; un bras qui s’agissait sans cesse la dirigeait en la comprimant dans une sorte de tunnel qui la transformait en bottes dites « haute densité » . Deux hommes étaient enfin chargés de placer les attaches en fil de fer à l’aide d’un système d’aiguille permettant de couper chaque botte à la bonne longueur. A l’arrière, la batteuse soufflait une pluie de balles * qui s’amoncelaient sur le sol. On les râtelait de temps en temps pour en faire un tas à l’écart ; ce travail était confié à un pépé ou à un drolle*. De temps en temps, une femme, avec au bras un bouïricou* garni de verres posés sur un linge blanc, et à la main une grosse bouteille de vin rouge, battait le rappel des gosiers secs. Vue de loin, l’aire de battage n’était plus qu’un épais nuage de poussière d’ou l’on voyait s’agiter des silhouettes. Sous la véranda ou dans la plus grande pièce de la maison, une longue table était dressée. Evidemment, lors du repas, l’ambiance était fort bruyante et la maison résonnait de cris et de rires ; c’était aussi l’occasion de faire des blagues* dont l’une des plus classiques consistait à relever discrètement le bord de la toile cirée pour former une rigole où l’on faisait couler un filet d’eau qui inondait le pantalon d’un convive… Une explosion de rires saluait l’infortune de la « victime ».
Mais les repas de battage étaient de courte durée : les voisins attendaient la batteuse et le travail de calage était, à chaque fois, long et minutieux… Les gens quittaient la table, la machine repartait et la ferme retrouvait subitement son silence.
Dans la cour désertée, à l’emplacement de la batteuse, une armée de poules ne tardait pas à investir les lieux …
D’après quelques récits recueillis ici et là.
* Balles: enveloppes des grains de blé
* Drolles : enfant, adolescent.
* Bouïricou : panier en osier.
* Blagues : farces.
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